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Histoire des préfets et de la préfecture de la Dordogne

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Un peu d’histoire !.....La naissance des préfets

Au XVIIIème siècle, la France était organisée en une trentaine de généralités, dirigées chacune par un Intendant de justice, police et finances "de qui dépend le bonheur ou le malheur des provinces" écrivait alors l'écossais John Law (police s'employait alors au sens d'administration générale).
Circonscriptions financières à l'origine, les généralités avaient été créées par François 1er. Louis XIV et Louis XV les imposèrent aux dépens des vieilles divisions féodales.
Issus de la noblesse de robe, bourgeoisie anoblie, et choisis par le Roi parmi les maîtres de requête de son conseil, les Intendants ne dépendaient que de lui. L'Intendant était "le roi présent en la province". Agents zêlés de l'absolutisme royal, les Intendants réalisèrent l'unification administrative du pays, au prix de la réduction des libertés provinciales et municipales. Leur despotisme les rendit très impopulaires. Sous la pression de l'opinion publique, Louis XVI leur retira la plupart de leurs pouvoirs pour les donner aux assemblées provinciales instituées entre 1778 et 1787 dans la majorité des généralités. En 1789, les Cahiers de doléances réclamèrent leur disparition.

La création des départements

L'Assemblée nationale constituante supprima les Intendants le 22 décembre 1789 et, le 26 février 1790, divisa le royaume en 83 départements, de dimension et de richesse à peu près égales.
La taille modeste du département devait permettre à tout administré de se rendre au chef-lieu en une journée maximum. La départementalisation brisait les particularismes provinciaux et favorisait le sentiment national. L'administration départementale était composée d'un conseil général (l'assemblée délibérante), d'un directoire (l'exécutif), ainsi que d'un procureur général syndic, représentant le roi et chargé de faire appliquer les lois. Tous ses membres étaient élus par le collège restreint des électeurs du second degré, de riches propriétaires. L'administration départementale était placée sous la tutelle du roi, lequel pouvait annuler les actes et suspendre les administrateurs.
La Convention (1792-1795) ne pouvant obtenir, faute de coordination entre l'Etat et le département, la levée régulière de l'impôt et le recrutement de l'armée, remplaça les conseils généraux et les procureurs généraux syndics par des agents nationaux nommés par elle, le 4 décembre 1793.

Les hommes de Napoléon

Après son coup d'Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799), Bonaparte ressuscita les Intendants sous la forme des préfets. Dans le département, "le préfet sera chargé seul de l'administration" (loi du 28 pluviôse, an VIII - 17 février 1800). Le préfet est assisté de sous-préfets dans les arrondissements. Nommé par le Premier Consul, intermédiaire obligé entre le département et l'Etat, le préfet, qui est aussi l'organe exécutif unique du département, contrôle et anime le conseil général. Les membres du conseil général sont également choisis par Bonaparte. Le préfet désigne les maires et les adjoints des communes de moins de 5 000 habitants et propose au Premier Consul, plus tard à l'Empereur, la nomination des autres. "Ils (les préfets) étaient eux-mêmes des empereurs au petit pied" reconnaîtra Napoléon à Sainte-Hélène.
Le 2 mars 1800, 97 préfectures étaient attribuées à des hommes triés sur le volet, souvent d'anciens révolutionnaires mais épris d'ordre et de discipline et passionnés de grandeur nationale. Bonaparte leur recommandera : "Ne soyez jamais les hommes de la Révolution mais les hommes du gouvernement... et faites que la France date son bonheur de l'établissement des préfectures."(Le Citoyen français, ventôse an VIII).
De tempérament actif, doués du sens de l'Etat, qui plus est couverts d'honneurs (ils furent tous anoblis à partir de 1810), les préfets de Napoléon, agents de l'absolutisme impérial, forgèrent une solide administration territoriale. L'actuelle philosophie de l'administration territoriale tente de perpétuer, en démocratie, le meilleur de cet héritage. (Extrait de la rubrique Histoire des préfectures - site internet ministère intérieur www.interieur.gouv.fr)

Histoire de la préfecture de la Dordogne

La loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), qui divisait le territoire en départements et en arrondissement, instituait à la tête des premiers un nouveau corps, celui des préfets, en cantonnant dorénavant le Conseil général dans un rôle purement délibératif. Cette décision entraînait par là même la nécessité de trouver dans les chefs-lieux des locaux susceptibles d'abriter l'activité des services qui allaient se mettre en place sous leur haute autorité.
C'est dans l'ancien palais épiscopal, place de la Clautre, que le premier préfet de la Dordogne, le baron Rivet, installa dès le mois de mars de l'année 1800 ses bureaux. Mais cette occupation ne pouvait être que transitoire la nécessaire efficacité des services et l'image du plus haut représentant de la Nation dans le département réclamaient un véritable Hôtel de préfecture.
La fermeture en mars 1804 de l'Ecole centrale, alors établie dans l'ancien collège des Jésuites, fournit l'opportunité de ce premier déménagement. Rivet proposa à la municipalité de racheter l'ensemble des locaux et du terrain pour la somme de 40 000 F, les travaux de réparation et d'aménagement étant estimés quant à eux à 30 000 F; ces sommes permettraient à la ville de construire la mairie et le palais de justice qui lui faisaient cruellement défaut. Le conseil municipal accepta dans un premier temps cette transaction pour se rétracter quelques mois plus tard sous la pression des habitants désireux de "conserver la propriété d'un objet auquel ils attachent le plus grand prix "C'est la maison de leurs pères, c'est la leur, elle doit être celle de leurs enfants". Les édiles en profitaient pour contester la première estimation des locaux et proposer au préfet, à la place de la vente, un bail à terme avec un loyer annuel de 1500 F.
Après intervention du ministre de l'Intérieur, c'est le principe d'une location à la ville pour cette somme qui fut enfin adopté en juillet 1807. Cette situation dura jusqu'en 1835, date à laquelle une transaction entre les deux parties officialisée par une ordonnance royale conféra la possession des lieux au département de la Dordogne pour le prix de 42 000 F.
Dès lors qu'une solution fut trouvée, les travaux purent commencer ils débutèrent en 1808 pour s'achever l'année suivante en ce qui concerne les plus importants et en 1812 pour les derniers (pavage de la cour, construction d'un appentis et d'un poulailler, aménagement des caves, etc.). Ils furent notamment marqués par un grave incendie qui occasionna en novembre 1810 de sérieux dégâts aux bâtiments.
Le jardin de la nouvelle préfecture s'étendait alors jusqu'aux vestiges de l'ancien rempart de la ville qui formaient comme une terrasse en bordure de l'Isle. En 1818, afin d'assainir cette zone inondable et devenue "un cloaque infect", on décidera de faire démolir les masures qui encombrent encore une partie du jardin, du côté de la rue du Lys, et d'en profiter pour élargir cette rue.
L'Hôtel de la préfecture peut donc, dès la fin de l'Empire, jouer pleinement son rôle de centre politique de décision mais aussi de lieu de mondanité incontournable pour la haute société locale. Réceptions somptueuses, banquets, grands bals rythment cette première moitié du XIXe siècle. De l'accueil du duc et de la duchesse d'Angoulême en 1815, alors qu'on ignore encore à Périgueux le retour de l'Empereur, à l'infant don Carlos, prétendant au trône d'Espagne, en passant par le général arabe Mustapha-Ben-Ismaèl venu rendre visite à Bugeaud, nombre de grands personnages sont les hôtes des lieux: Mais, symbole de l'Etat, la préfecture voit aussi converger vers elle dans les périodes troubles des foules d'un autre type. En août 1830 on hisse le drapeau tricolore sur sa façade au son de la Marseillaise, et les journées révolutionnaires de 1848 voient s'y dérouler des conflits de pouvoir entre factions rivales.
Deux ans plus tôt, c'était une foule plus pacifique mais tout aussi nombreuse qui venait admirer l'éclairage au gaz nouvellement installé. Dans cette décennie 1840, plusieurs campagnes de restauration et de modifications vont par ailleurs concerner le bâtiment. Un rapport du préfet au ministre en 1844 signale que "cet hôtel n'est pas complet. Indépendamment du manque d'un appartement d'honneur pour recevoir des étrangers de distinction, ce qui dans certains cas a forcé le préfet à céder son logement particulier, il n'y a point de salle spéciale pour le conseil de préfecture, ni d'emplacement convenable pour le dépôt des archives". L'architecte départemental rapporte cependant que des travaux de restauration avaient été réalisés en 1842 dans les parties affectées à l'habitation particulière du préfet et aux appartements de réception. Seule la grande salle à manger du rez-de-chaussée, abandonnée depuis longtemps, demandait de sérieux travaux de rénovation ainsi que l'ensemble de la couverture dont la réparation ne pouvait être différée. Quant aux archives, dont le problème se posait déjà depuis quelques temps, on préconisait une solution provisoire d'installation dans les combles... Cette situation dura près de 15 ans.

UN NOUVEL HÔTEL DE PRÉFECTURE DANS UNE VILLE NOUVELLE

La genèse du projet

Malgré toutes ces rénovations et les projets d'amélioration qui suivirent, la nécessité d'envisager une nouvelle construction se fit très vite sentir au début de la décennie 1850. L'exposé des motifs présenté par l'architecte Bouillon pour l'exercice 1857 en fournit un argumentaire précis "le bâtiment est loin maintenant de répondre aux besoins de sa destination. Indépendamment de l'état de vétusté dans lequel se trouve une grande partie de l'édifice, cet hôtel n'est desservi que par un seul escalier, ce qui empêche la séparation de la partie affectée à l'habitation personnelle du Préfet et de sa famille de celle consacrée à l'administration. Cette dernière est maintenant insuffisante et, afin de la compléter, on s'est vu dans la nécessité de restreindre le nombre des pièces composant l'appartement du Préfet. C'est ainsi qu'il a été possible de placer les nombreuses archives que possède la Préfecture ; des chambres à coucher, des cabinets et la moitié du vaste corridor de dégagement au deuxième étage leur servent de dépôt momentané. Aucune pièce n'est affectée aux réunions du Conseil général et suivant les circonstances ces réunions se tiennent soit dans le Grand Salon, soit dans la Grande Salle à manger". Dès cette époque, l'emplacement à l'extrémité de la promenade de Tourny est préconisé tant pour la commodité et la position dominante du lieu que pour la proximité de cette "magnifique promenade sut laquelle ont lieu les réjouissances publiques et les revues". Les dépenses sont estimées à 67 900 pour l'acquisition des terrains et à 284 972 F 89 c pour les travaux de construction.
En fait, l'administration, et en particulier l'architecte du département, travaillent à ce projet depuis bientôt trois ans. Les premiers devis sont en effet établis dès octobre 1854 ainsi que le programme du projet. Ce dernier prévoit que le nouveau bâtiment doit contenir:
1 - l'habitation particulière du préfet et de sa famille ;
2 - les appartements de réception ;
3 - les pièces affectées aux services administratifs ;
4 - les dépendances.
Les services administratifs étaient détaillés : il s'agissait des salles du Conseil général, du conseil de préfecture, des conseils de révision et d'adjudication, du dépôt des archives, des bureaux des trois divisions avec les cabinets des chefs de service. Quant aux annexes, elles consistaient en deux pavillons sur les côtés de la cour d'honneur (l'un réservé au concierge et l'autre au corps de garde) et un troisième à gauche de la cour d'honneur, ainsi qu'en écuries et remises.
Ce projet dressé par Bouillon fut accepté par le Conseil général en décembre 1855 après avoir subi plusieurs modifications, puis transmis au ministère de l'Intérieur. C'est le préfet Ladreit de La Charrière, nommé le 8 avril 1856, qui assurera le suivi du chantier jusqu'à l'installation de janvier 1864. Le 26 mai 1856 une loi autorisait le département à emprunter une somme de 730 000 F pour la construction des édifices départementaux (outre la préfecture, les maisons d'arrêt de Périgueux et de Bergerac étaient alors en projet) et à s'imposer de 3 c. pendant dix ans à partir de 1857 et de 14 c. en 1867 pour le remboursement et le service des intérêts de cet emprunt.
L'acquisition des terrains nécessaires à la construction s'avéra un peu plus délicate. Deux propriétaires étaient principalement concernes Amédée de Moneys et Charles de Fayolle. Le premier y possédait une maison de maître avec dépendances, un bâtiment d'exploitation et 42 ares de terrain "en bonne voie d'exploitation", planté d'arbres fruitiers et agrémenté d'une mare. Le second, quant à lui, y jouissait d'une maison avec bâtiments d'exploitation, de 35 ares de jardin et également d'une mare. Vont en 1857 s'y rajouter, pour rectifier la rue des Jardins, quelques terrains de la demoiselle Françoise Ringuet. De longues négociations, assorties d'expertises contradictoires, se déroulent jusqu'en décembre 1857, date à laquelle la construction de la nouvelle préfecture et l'acquisition des terrains nécessaires sont déclarées d'utilité publique. L'expropriation aura lieu l'année suivante. Pendant toute cette période, d'autres projets vont cependant voir le jour, et en particulier celui de la commission spéciale mise en place par le préfet en décembre 1856. Elle préconisait l'installation de la préfecture dans l'enclos dépendant du couvent des Ursulines, cette opération devant s'inscrire dans un nouveau plan d'urbanisme prévoyant en particulier la démolition du théâtre, pourtant construit depuis peu de temps par l'architecte Catoire. Mais l'importance du coût financier de ce projet le fit rapidement abandonner.

Une préfecture dans une ville en expansion

La construction du nouvel Hôtel de préfecture s'inscrit dans une période d'extraordinaire expansion pour la ville, et ce n'est certainement pas un hasard. Entre 1855 et 1865, Périgueux devient un gigantesque chantier, bénéficiant entre autres du soutien efficace et constant du ministre périgourdin de Napoléon III Pierre Magne.
Dépassant à peine les 13 500 habitants en 1851, le chef-lieu du département atteint les 19 000 habitants dix ans plus tard, dépasse les 20 000 en 1866 et les 24 000 en 1876. En vingt-cinq ans, sa population double donc pratiquement, et cela en grande partie grâce aux travaux du chemin de fer puis à l'installation des grands ateliers du Toulon qui vont donner à la ville une autre dimension.
L'année 1857 voit l'ouverture de la ligne de Périgueux à Coutras. Trois ans plus tard est inaugurée celle de Brive puis en 1861 celle de Limoges. Enfin en 1863 celle d'Agen vient compléter le dispositif. C'est d'ailleurs cette année-là que débute la construction des ateliers du Paris-Orléans. Tous ces chantiers ne manquent pas d'entraîner de sensibles modifications du paysage urbain et de provoquer une véritable explosion démographique. Des ouvrages d'art sont construits (le pont Sainte-Claire par exemple) ; la gare, édifiée entre 1860 et 1862, nécessite l'aménagement de voies desservant facilement le centre urbain ; de nouveaux quartiers naissent ainsi vers l'ouest dans des zones jusqu'alors encore très rurales.
Face à cette situation, Alfred Bardy-Delisle, maire de Périgueux à partir de 1855, fait dresser et adopter par son conseil en mai 1858 un plan général d'alignement. Toutes les étapes ne pourront en être réalisées mais cela aboutira en particulier à l'ouverture des rues Saint-Front, Pierre-Magne (plus tard de la République) et des Chaînes. En 1857, les Périgourdins voient le début du chantier du canal et du nouveau port des Barris, qui se terminera en 1860. Cette même année, on se préoccupe également de rectifier la fameuse route de Paris à Barèges entre l'Arsault et le Pont Vieux, que l'on reconstruit. Les travaux dureront trois ans. Pour la seule année 1863, 132 maisons sont édifiées et 55 démolies. Les quartiers Saint-Martin et du Petit-Change bénéficient en particulier de cette frénésie de construction. Comme le rapporte en 1864 l'Echo de Vésone à propos du quartier du Greffe : "on dirait une ville prise d'assaut, après un long bombardement".
Dans le même temps, l'architecte Abadie continue ses travaux de restauration de la cathédrale Saint-Front dont il reconstruit la grande coupole centrale en 1863. La ville possède depuis 1858 un véritable musée artistique et voit l'aménagement d'un vaste jardin public en 1860.
Enfin, de grands magasins de tabacs sont édifiés en 1863 près de la gare. Pour compléter ce tableau, il ne manque que deux bâtiments départementaux dont tout chef-lieu doit s'honorer : la Maison d'arrêt et l'Hôtel de la Préfecture.
Tous deux sont conçus et dessinés par l'architecte du département, Bouillon. Ils vont faire l'objet d'un seul et même appel d'offres adjugé le 21 mai 1859 aux entrepreneurs Mouchette et Collin, le premier de Périgueux et le second de Nancy, qui s'associent pour l'occasion. En ce qui concerne la préfecture, le devis initial de 441 000 F se voyait ramené à 370 440 F par le rabais de 16 % que consentaient les attributaires.

La construction

Le cahier des charges se révélait extrêmement précis sur les types de matériaux à utiliser. "La pierre proviendra des carrières des environs de Périgueux, de Chancelade, de Limeyrat et de Beauregard (...). Cette pierre devra être choisie dans les meilleurs bancs, sans fil, poil de carrière, fins, silex, coquille et pyrite de fer. Toute pierre qui aura ce défaut sera rebutée", de même que celles qui auraient des arêtes cassées. Quant aux moellons, ils seraient tirés de carrières de pierre dure et levés par assises. La maçonnerie en serait faite "de préférence par des ouvriers limousins". Le sable de rivière devait provenir du lit de l'Isle et celui de mine des couches inférieures de certaines carrières près du cimetière de Périgueux et de la gare. Les fours des environs de la ville produiraient la chaux grasse et les bancs de Saint-Astier la chaux hydraulique.
Les charpentes devaient être réalisées en chêne du pays ou du Limousin, coupé depuis trois ans, de droit fil et sain. Elles supporteraient une couverture en ardoise d'Angers, "modèle ordinaire et modèle anglais", de premier choix. Le "bois rouge", bois exotique, serait fourni par les magasins de Bordeaux ou de Libourne. Enfin l'administration se réservait le droit de traiter en régie en particulier "les ouvrages de sculpture, de zinguerie pour ornements, de carton-pierre, de dorure, de papiers de tenture, de marbrerie, de fumisterie". A peine deux semaines après l'adjudication, le 4 juin 1859, le premier coup de pioche est donné et, quelques jours après, trois carrières s'ouvrent dont l'une à Combe-des-Dames et l'autre à Saint-Georges. Mais malgré cette rapide mise en oeuvre, les travaux prennent très vite du retard dans le courant de l'été et à l'automne. En effet, de sérieux problèmes vont se poser aux entrepreneurs au niveau des fondations même de l'édifice. En effectuant les premières tranchées, ils découvrent un banc de rochers calcaires en formes de dents, dont on dresse un relevé grâce à la sonde prêtée par la compagnie d'Orléans. Pendant plusieurs mois, l'architecte du département va chercher la solution, proposer à l'administration et aux entrepreneurs divers ouvrages de consolidation, jusqu'à ce qu'enfin, le 13 février 1860, une décision définitive soit prise. C'était sans compter avec la difficulté des fouilles, qui nécessitèrent en certains endroits de descendre à une profondeur de 15 mètres, et avec celle du coulage et du séchage du béton.
Tous ces événements ne manquèrent pas d'avoir de graves conséquences pour les entrepreneurs. Outre qu'ils avaient très vite recruté un nombre important d'ouvriers qui ne pouvaient, par la force des choses, travailler, une augmentation des salaires et du prix des matériaux en 1860 les obligèrent à renégocier leur marché afin d'éviter la ruine. A l'issue de pourparlers et de nombreuses réunions pendant l'année 1860, les parties se mirent d'accord sur une nouvelle série de prix tenant compte de ces hausses et qui portait la nouvelle estimation à la somme de 535 034 F, 49 C. En fait, c'est près de 850 000 F que coûtera l'ensemble de la construction.
Dès lors, les travaux reprennent à un rythme plus soutenu sous le contrôle de la commission de surveillance mise en place par le préfet en février 1859. A la fin de l'année 1862, le gros oeuvre est achevé (à l'exception du bâtiment du télégraphe) et l'année suivante voit le début des opérations de décoration et d'ameublement. C'est un architecte parisien, Borget, qui dirige cette phase et sélectionne directement les entreprises chargées des travaux. Cela explique qu'au grand dam de certains entrepreneurs périgordins son choix se porte essentiellement sur des maisons parisiennes. Les travaux de sculpture en "carton-pierre" sont ainsi confiés à M. Savreux, "entrepreneur de sculpture de l'Elysée Napoléon, des Ecuries impériales Montaigne et Monceau et des églises impériales". Ceux de décoration et de peinture des salons et de la salle du Conseil général reviennent à M. Oury, artiste peintre demeurant aux Batignolles, et les décorations simples à Benier fils, "entrepreneur de sculpture" parisien. Quant à l'ameublement et aux tapisseries, c'est le décorateur tapissier Balli, également installé dans la capitale, qui en a la responsabilité.
Seules les boiseries de décoration sont confiées à un menuisier de Périgueux, Focké, et certains travaux de sculpture (chapiteaux, clefs de voûte, initiales impériales du grand salon, armoiries des villes, guirlandes, consoles) à Emile Latour, sculpteur du chef-lieu.
L'année 1863 voit aussi l'éviction, au mois de juillet, de l'architecte Bouillon. Le préfet et la commission de surveillance sont d'avis qu'il n'a plus l'activité nécessaire pour conduire les travaux et que le chantier en pâtit. C'est Auguste Dubet (1829-1907) qui lui succède et assure la fin de la construction, en même temps qu'il dessine les projets des prisons de Nontron, Sarlat et Ribérac ainsi que du palais de justice de cette dernière ville.
En janvier 1864, il ne reste plus qu'à finir d'installer les grilles et à planter les arbres dans le jardin. Trois ans plus tard, on construira encore une balustrade sur la terrasse du salon de bal et en 1868-1869 une antichambre pour le cabinet du préfet. Lorsque le préfet Ladreit de La Charrière prend possession de ses appartements le 27 janvier 1864, quelques jours seulement après l'installation de ses services, il peut avec satisfaction admirer les portraits des grands Périgordins Fénelon, Montaigne, Bugeaud et Magne (peints par M. Gauthier, peintre parisien), ceux de l'Empereur et de l'Impératrice qui ornent le salon d'honneur et le buste de Napoléon 1er qui trône dans la salle du Conseil général.
Le 8 février suivant, le nouvel Hôtel de préfecture accueillait dans ses murs rutilants le premier d'une longue série de bals et de réceptions. Des événements plus graves ont depuis 1864 émaillé l'histoire du bâtiment, comme ces trois incendies successifs qui, entre 1875 et 1882, nécessitèrent d'importantes réparations. A la fin du XIXème siècle, quelques aménagements supplémentaires furent également réalisés mais il faudra attendre les années 1955 pour voir entreprendre un grand effort de modernisation.
Trois ensembles vétustes existaient alors : l'Hôtel lui-même, le bâtiment dit "des Archives" et celui des garages. Le personnel passait alors de 65 agents en 1938 à 182 en 1957. C'est à cette époque que l'on construisit le bâtiment "C" sur l'emplacement des garages. Après le déménagement des archives Place Hoche, dans les locaux de l'ancienne préfecture, on put disposer du bâtiment "A" pour d'autres services. Et l'on aménagea le bâtiment "B", celui de l'Hôtel de la préfecture, afin de l'affecter au Conseil général, aux services rattachés au cabinet du préfet ainsi qu'au secrétariat général. Dans les dernières décennies, deux autres bâtiments ont été construits afin de répondre aux exigences de l'évolution administrative, mais l'Hôtel de la préfecture dresse toujours sa façade impériale. Elle orne depuis près de 135 ans l'esplanade des Allées Tourny.

François BORDES
Ancien Directeur des Archives départementales

Last modified: 07/25/2006 02:47 PM

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